« Le météore de 1492 et la fable de l’empereur messianique »
Avec l’aide décisive des imprimeurs de Bâle et de Strasbourg, les humanistes rhénans ont transformé l’apparition du météore de 1492 en un redoutable instrument de propagande en faveur du nouvel empereur Maximilien. Au centre d’un réseau où se croisent les noms de Jakob Locher, Jean Geiler de Kaysersberg, Urs Graf, Albrecht Dürer…, se trouve la figure de Sebastian Brant, principal artisan de la construction de cette figure charismatique du « dernier empereur » pacificateur de la chrétienté, inscrivant le règne de Maximilien dans une tradition millénaire, remontant jusqu’à Constantin et à Frédéric II. Dans un contexte de « révolution cosmographique » et de forte instabilité dans la Curie romaine, il n’est pas difficile de faire de l’événement de 1492 un signe eschatologique annonciateur d’un nouvel ordre du monde. On peut se demander si, vingt après, la ferveur révolutionnaire des années 1490 est restée la même, ou si l’esprit critique n’a pas (heureusement) triomphé de ces illusions juvéniles.
Illustration : Sebastian Brant [Ad divum Maximilianum Romanorum regem gloriosissimum in vitam et conversationem regum Israhel et Iuda], in : Varia Sebastiani Brant Carmina, Basel, 1498. [Exemplaire : Colmar, Bibliothèque des Dominicains].